Nuevo Orden

Dimanche 14 Nov 2021 19:00

Cinéma Vendôme. Chaussée de Wavre 19, 1050 Bruxelles

Synopsis

Un mariage dans la haute société est brutalement perturbé par une attaque d’éléments incontrôlés… Dans un futur proche, au Mexique, les inégalités sociales sont si grandes que des mouvements radicaux et violents semblent inévitables, mais la force de la réaction reste telle qu’ils sont voués à l’échec et entraînent un ordre nouveau dictatorial. Tel semble être le propos du réalisateur avec ce film très proche d’une réalité mexicaine prévisible, mais universel dans son propos. En outre, Michel Franco s’impose comme un réalisateur d’une rigueur et d’une précision absolue dans sa mise en scène et sa direction d’acteurs, sans perdre son goût à pousser les situations à la limite du soutenable. Grand Prix du jury au festival de Venise

Biographie du réalisateur

Né à Mexico le 28 août 1979, Michel Franco est un homme discret en ce qui concerne sa vie privée. Ce réalisateur mexicain a intégré la New York Film Academy où il a suivi une formation avant de démarrer par la réalisation de spots publicitaires.
Les connaissances acquises durant son parcours académique lui permettent par la suite de conjuguer ses talents de réalisateur, scénariste et producteur.
Ses œuvres et lui-même sont nominés à de multiples reprises au Festival de Cannes. Ainsi en 2009, Daniel et Ana est à la fois nommé pour la Caméra d’Or au Festival de Cannes et nommé à la 41e édition de la Quinzaine des Réalisateurs, notamment pour le Prix CICAE, l’Art Cinema Awards et le Prix Fipresci.
Después de Lucia, sorti en 2012, lui vaut son premier prix à la croisette. Il est en effet lauréat du Prix Un Certain Regard grâce à ce film. Toujours grâce à Después de Lucia, il décroche le Silver Hugo -Prix spécial du Jury du Chicago Film Festival en 2012.
En 2015, le succès de Chronic au Cinéma permet à Michel Franco de remporter le Prix du Scénario au Festival de Cannes.

Fiche technique

Titre original : Nuevo Orden

Année : 2020

Durée : 88 minutes.

Langue : V.O. Esp, ST Fr / Nl

Pays : Mexique

Genre : Drame. Thriller | Dystopie Armée.

Réalisation : Michel Franco

Récompenses

2020 : Mostra de Venise : Grand Prix du Jury

2020 : Havana Film Festival : Sélection Officielle Longs Métrages en Compétition

2020 : Ariel Awards : Meilleurs effets spéciaux. 10 candidatures

2020 : Prix Forqué : Meilleur film latino-américain

2021 : Platino Awards : nominé pour le meilleur film, réalisateur et acteur de soutien (Boneta)

Section : Société en mouvement

Nuevo Orden ou le cauchemar du monde à venir

Le monde à venir vire au cauchemar : avec Nuevo Orden, un drame ultraviolent et dénué de toute lueur d’espoir a été présenté à Venise, le cinéaste mexicain Michel Franco administre un électrochoc face aux inégalités et aux dérives totalitaires.

Exécutions sommaires, tortures à la matraque électrique, viols… En 1 h 28, rien n’est épargné au spectateur dans cette dystopie qui suit le destin brisé d’un couple de la bourgeoisie dans un Mexique qui bascule dans le chaos et la dictature militaire, sur fond de révolte populaire.

Le film, haletant et spectaculaire, s’ouvre sur un mariage luxueux en présence de membres de la bonne société, la plupart blancs, et de nombreux domestiques, tous amérindiens. Personne ne semble prendre au sérieux la violence des émeutes et pillages qui secouent la ville.

Elle s’apprête pourtant à tout emporter lorsqu’une horde d’émeutiers armés d’origine indigène assiège puis envahit la maison-forteresse.

Puissants ou sans grade, les personnages, des domestiques à la famille des mariés, vont faire face au même déchaînement de violence et d’arbitraire de la part de la dictature militaire qui se met en place. Seuls en sortiront vivants ceux qui auront appris à déjouer tous les dangers et à ne plus faire confiance à personne.

« Que des perdants »

Il faut « avoir peur » pour « ne pas en arriver à ce point », assume le réalisateur Michel Franco, interrogé par l’AFP à Venise. « Je pense que représenter à l’écran la violence et ce qui la génère, de façon sérieuse et réaliste, c’est le premier pas pour comprendre ce qui se passe » et « pouvoir changer les choses ».

Seul Latino-américain de la compétition à Venise, Michel Franco admet appartenir lui-même à la classe privilégiée d’un pays miné par les inégalités et la violence.

Parmi les personnages principaux, il fait notamment tourner une actrice issue d’une communauté indigène, Mónica Del Carmen, qui a expliqué avoir pu, par son parcours, toucher directement du doigt l’importance des questions d’inégalités.

« Le film explore un thème délicat dont il faut parler » si on veut éviter « cette explosion de racisme, de discrimination entre les classes et d’inégalités dans laquelle il n’y a pas de gagnants et que des perdants », a-t-elle souligné.

Ce sixième long métrage du réalisateur de 41 ans, qui s’était fait connaître avec Despues de Lucia en 2012, primé à Cannes, est le plus noir et le plus violent de ceux qui ont été présentés jusqu’à présent dans la course pour le Lion d’or, qui s’achève samedi.

Désespéré et universel

Par sa violence parfois gratuite et ses allusions aux mouvements de protestation contre les inégalités qui ont pu se développer ces dernières années à travers le monde, le film rappelle le Joker de Todd Phillips, vainqueur l’an dernier du Lion d’or à la Mostra, avant d’être oscarisé.

Et Nuevo Orden (« Ordre nouveau ») porte, lui aussi, un message aussi désespéré qu’universel : cette société minée par les inégalités a vocation à résonner bien au-delà de l’Amérique latine, région « experte en dictature », relève M. Franco.

« En France aussi, les gens se pensent plus ou moins heureux, mais les “gilets jaunes” ont montré que quelles que soient leurs convictions politiques, de droite ou de gauche, les gens sortent dans les rues pour manifester et crier leur ras-le-bol », note-t-il.

« Le monde marche sur la tête », et au lieu de s’améliorer, va « vers les extrêmes ». « Les gens sont mécontents partout et j’ai peur que des gouvernements ne saisissent l’opportunité pour étendre encore leur contrôle » sur la société, poursuit-il, soulignant que le film a été conçu avant « les “gilets jaunes”, le mouvement Black Lives Matter (aux États-Unis) ou (la révolte) à Hong-Kong ».

Et bien avant la pandémie de coronavirus, qui, redoute-t-il, « ne fait qu’empirer les choses ».

Kelly VELASQUEZ Agence France-Presse / La Presse