La Veronica

Ven 19 Nov 2021 21:00

Cinéma Vendôme. Chaussée de Wavre 19, 1050 Bruxelles 

Synopsis

Verónica Lara, épouse d’une star de football international et mannequin très populaire sur les réseaux sociaux, tombe en disgrâce lorsqu’elle devient suspecte dans l’enquête sur la mort de sa première fille. Le portrait satirique de cette Victoria Beckham chilienne est un réjouissant jeu de massacre au cours duquel se dissolvent les frontières entre public et privé, vérité et mensonge, éthique et immoralité. Chaque plan-séquence révèle une facette différente du personnage, à la fois répugnant et émouvant, profond et superficiel. Le dispositif radical qu’installe le film trouve toute sa justification au moment d’aborder des relations humaines qui n’existent plus que sous forme médiatisée. La critique locale (de la société chilienne) vaut évidemment au niveau global tant ce personnage fascinant cristallise en lui toute notre époque. (Festival de Biarritz)

 

Biographie du réalisateur

Diplômé de l’Ecole de Cinéma du Chili, Leonardo Medel a co-fondé la boîte de production Merced au sein de laquelle il a réalisé des films, mais aussi des projets interactifs et de réalité virtuelle, tels que Constitución (2016), le premier long métrage chilien de réalité virtuelle.

Fiche technique

Titre original : La Verónica

Année : 2020

Durée : 100 min.

Langue : V.O. Esp, ST Fr

Pays : Chili

Genre : Drame | Internet / Informatique. Réseaux sociaux

Réalisation : Léonard de Medel

Prix : 

2020 : Havana Film Festival : Sélection Officielle Longs Métrages en Compétition

La vie rêvée de Verónica

Dans son dernier film, Leonardo Medel brosse le portrait au vitriol d’une instagrameuse

 

En 2016, Leonardo Medel signait le premier long métrage chilien en réalité virtuelle : Constitución. L’année suivante, un film interactif : Harem. Son nouvel opus, La Verónica, interroge, entre rire et effroi, dans un jeu de masques et de massacres, cette virtualité que le cinéaste connaît si bien.

 

La Verónica, c’est d’abord un dispositif : une cinquantaine de plans séquences, caméra fixe. Cadrages rapprochés, le plus souvent visage ou buste, de la même femme à la beauté idéale et normée de bimbo brune. Comme des clips publicitaires, des shoots de casting, des selfies relayés par un Smartphone omniprésent.

 

Verónica se détache sur des fonds en aplats nets fortement colorés, ou apparaît dans le noir, ses lèvres exagérément rouges. Ses interlocuteurs sont flous ou en retrait, saisis de dos face à elle, derrière ou à ses côtés pour des selfies partagés. Le visage de Verónica vu par Verónica et les « instagrameurs », ou par l’objectif du réalisateur qui comme nous, la regarde se mettre en scène, se dissimuler en se montrant.

 

Une virtuosité technique manipulatrice qui n’aurait pas grand intérêt si elle ne devenait pas le sujet même du film. Comédie satirique et politique, drame psychologique et thriller, le jeune réalisateur chilien brouille les genres, joue sur les limites privé-public, vérité-mensonge, bien et mal. Il crée, en huis clos, une tension dramatique qui va crescendo. L’actrice Mariana Di Girólamo, qu’on ne quitte pas des yeux, excelle à passer d’un registre à l’autre.

 

Vie de rêve

 

Verónica est l’épouse de Javier, star du football international, revenu au Chili natal depuis peu. Mannequin à la plastique parfaite, elle habite une villa de rêve, dotée d’une piscine de rêve. Maman de rêve d’une petite Amanda, elle forme avec Javier un couple de rêve avec des neveux de rêve.

 

Elle publie sur Instagram les images de sa vie de rêve, qui bien sûr ne l’est pas : un bébé qu’elle n’aime pas et qui pleure sans cesse, faute de soin, une mère qu’elle cache, une morte à qui elle dévoile sa noirceur, un procureur qui la traque pour un présumé infanticide, des rapports conjugaux minés par une jalousie dévorante et un projet qui l’occupe à plein temps : obtenir 2 millions de followers pour devenir l’égérie d’une grande marque de maquillage.

 

Prête à tout pour atteindre son but, incapable d’empathie dans la folie de son narcissisme névrotique, est-elle victime ou bourreau ? Verónica participe d’un monde ultra libéral, soumis aux lois de l’offre et de la demande : elle donne à ses fans ce qu’ils veulent. Et très professionnellement, se vend. Manipulatrice, elle est tout autant manipulée par le diktat des apparences. Aliénée par les fantasmes de ses adorateurs qu’elle contribue à conforter.

 

La Belle et le Monstre

 

Une écrivaine l’accompagne pour écrire son hagiographie people, complice de ses mensonges. Qu’est-ce qui se cache derrière ce visage ? écrira-t-elle en conclusion de son livre. À des fins de promotion, Verónica pose avec une jeune femme brûlée, défigurée : la Belle et le Monstre. Mais nous savons bien que le monstre, c’est la Belle. Il y a du Mr Hyde dans Verónica. Dualité morbide et joie du Mal. Chaque époque génère ses propres Monstres qui cristallisent son génie maléfique. Ici, le Monstre se nourrit de la représentation virtuelle mondialisée, de la falsification des relations humaines qui prennent la pose sur des réseaux devenus miroirs aux alouettes. Le réalisateur introduit dans son film une scène d’éclipse totale et la protagoniste porte un prénom qui signifie « porteuse de victoire ». Des augures plutôt glaçants !

 

Elise Padovani
Mai 2021

 

 

JournalZibeline