La ciudad de las fieras (La Cité des bêtes)

Sam 13 Nov 2021 21:00

Cinéma Vendôme. Chaussée de Wavre 19, 1050 Bruxelles  

Synopsis

Orphelin, Tato, 17 ans, féru de hip-hop et de joutes de rap, est livré à lui-même à Medellín. Avec ses amis Pitu et La Crespa, il cherche à échapper à la violence qui fait l’actualité quotidienne de la ville. Poursuivi par une bande armée, il doit fuir et sans ressources, se réfugier chez son grand-père Octavio, qui cultive des fleurs à la campagne mais qu’il n’a jamais vu. Après un premier contact difficile, ils apprendront à se connaître et Octavio transmettra son savoir et la tradition à Tato qui reprendra le flambeau pour participer au fameux défilé des « Silleteros ». Deux mondes, celui de la ville et celui de la campagne, deux générations vont se rapprocher, tisser du lien et reconstruire l’histoire familiale en créant du sens. Un film positif et créatif dans un contexte sombre. Ce réalisateur fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes « paisas », centrés sur les tensions qui traversent la jeunesse de Medellín. (Cinelatino)

Biographie du réalisateur

Henry Eduardo RINCÓN OROZCO, né à Antioquia en Colombie, a étudié l’interprétation pour le théâtre et le cinéma, avant de réaliser son premier long-métrage Pasos de héroe (2016).

Fiche technique

Titre original : La ciudad de las fieras

Année : 2021

Durée : 93 min.

Langue : V.O. Esp, ST Fr

Pays Colombie

Genre : Drame | Adolescence

Réalisation : Henry Rincon

Prix :

2021 : Festival de Malaga : Section Officielle

PRIX CCAS LONG MÉTRAGE FICTION ET COURT-MÉTRAGE – PRIX DES ÉLECTRICIENS GAZIERS Cinélatino 2021

PRIX RAIL D’OC DES CHEMINOTS Cinélatino 2021

Section : Société en mouvement

Critique du film “La ciudad de las fieras” (La Cité des Bêtes)

Un film qui montre l’avenir difficile des jeunes dans les communautés marginalisées de Medellín, en Colombie.

 

Le film raconte l’histoire de Tato, un jeune orphelin de seulement 17 ans, qui tente de survivre dans une ville où règne la violence, le chaos et les mauvaises décisions. Le garçon, dont la mère vient de mourir, doit aller vivre avec son grand-père Octavio jusqu’à sa majorité. Après les menaces d’un gang local, il accepte et part à la campagne. C’est vers la fin que sont révélées les conséquences de l’appartenance à une zone aussi conflictuelle et marginalisée.

 

Le réalisateur Rincón Orozco place le spectateur dans le contexte d’un quartier pauvre de Medellín, en Colombie, où le chaos est présent : contrôles policiers constants, armes, violence, combats de coqs, marginalité, bidonvilles… En bref, des jeunes à l’avenir incertain et au présent complexe. Avec l’arrivée de Tato au village, la distance entre ces mondes très différents, le chaos de la ville et le calme de la campagne, est présentée. Deux options dans lesquelles l’arc de transformation du protagoniste est clairement visible.

 

La mort touche chacun des personnages qui apparaissent dans l’intrigue, bien que de manière très différente. Dans le cas de Tato, son rapport à la mort est présenté dans le prologue avec la mort de sa mère des suites d’une longue maladie, et donc, le début de sa vie d’orphelin. Cependant, ce n’est qu’à la fin qu’il découvre que la mort de son père était métaphorique et non littérale. Dans les dernières scènes, et alors que le spectateur croit que le calme est arrivé, son meilleur ami, Pitu, est assassiné par un gang local. Cela pousse Crespa, sa “petite amie”, à fuir avec sa famille à Bogota, en quête de sécurité.

 

Le contexte de l’histoire exprime ce sentiment d’impuissance et de solitude, auquel il est involontairement conduit. Un État qui ne se soucie aucunement de cette situation, des amis qui meurent, d’autres qui fuient, et il est prisonnier de cette ville et, donc, de ses règles violentes. L’une des scènes les plus fortes du film en témoigne : le jeune homme se retrouve à chanter du rap, sa grande passion, au milieu d’un groupe de personnes. Après quelques secondes, un coq noir apparaît de l’autre côté de la rue, et il le fixe avec une attention soutenue. Lorsque la caméra se concentre à nouveau sur lui, il n’y a personne autour de lui, ce qui suggère que la solitude le dévore lentement. Le jeune homme est seul et sa famille est brisée : un ami décédé, sa petite amie qui quitte la ville, et son grand-père, en très mauvaise santé, qui attend sa dernière expiration. Malgré la difficulté de la situation, cela n’empêche pas le garçon de continuer à se battre pour son rêve de chanter du rap, tout en essayant d’échapper à la violence qui l’engloutit.

 

La direction photographique opte pour des plans détaillés et soutenus, qui permettent au spectateur de prendre quelques secondes pour souffler sur ce qu’il vient de voir et réfléchir en silence. En d’autres occasions, il nous rapproche des protagonistes par un lent travelling à travers une fenêtre ou une porte, comme si nous espionnions ce qui se passe à l’intérieur, que nous apprenions à connaître leurs plus grands secrets.

 

La ville est représentée avec des couleurs plus sombres et beaucoup d’ombres. En fait, la plupart des scènes qui y sont tournées le sont de nuit, ce qui renforce encore l’impression d’obscurité et donc la tension. Dans le cas de la ville, le tournage a lieu en journée, les couleurs sont plus vives et plus claires, ce qui transmet la paix et la tranquillité, par opposition au chaos de la ville.

« La ciudad de las fieras » est un film créatif, critique et émotionnel sur la véritable signification du mot famille, dans un contexte sombre et complexe.

 

 

Par Lucía Martín Muñoz / escribiendocine / Traduit de l’espagnol par Peliculatina