KARNAWAL

Dimanche 21 Nov 2021 19:00

Cinéma Palace / Bd Anspach 85, 1000 Bruxelles 

Synopsis

Nord de l’Argentine, près de la frontière bolivienne : Cabra, dont le père est en prison, est un adolescent plutôt mutique, en opposition ouverte avec une mère dépassée et surtout avec le compagnon de celle-ci. Un objectif bien précis en tête, il trempe dans un mauvais coup. Mais il a une passion, un refuge : le malongo, danse folklorique des gauchos de la Pampa. Alors que Cabra s’entraîne pour une importante compétition prévue lors du carnaval, son père “el Corto” (Alfredo Castro) sort en permission pour quelques jours, événement qui va précipiter la famille dans un enchaînement d’événements improbables et périlleux. Le personnage de Cabra est interprété par le jeune Martín Lopez Lacci, champion de malongo dans la vraie vie. (Cinelatino)

Biographie du réalisateur

Juan Pablo FÉLIX (1983, Buenos Aires, Argentine), réalisateur et producteur, diplômé de l’ENERC Argentina National Film School, a réalisé des longs-métrages documentaires, des séries télévisées, des courts-métrages et des publicités. Karnawal est son premier long-métrage de fiction.

Fiche technique

Titre original : Karnawal

Année : 2020

Durée : 97 min.

Langue : V.O. Esp, ST Fr

Pays : Argentine.

Genre : Drame | Adolescence. Famille

Réalisation : Juan Pablo Félix

Prix :

2021 Festival du film de Malaga 2021 : meilleur film ibéro-américain et second role (Castro)

Mention spéciale pour l’interprétation d’ALFREDO CASTRO Cinélatino 2021

Section : Opera Prima

Entretien avec Juan Pablo Félix, réalisateur de “Karnawal”

Premier long métrage de Juan Pablo Félix, centré sur un jeune danseur qui lutte pour réaliser son rêve de devenir champion national de malambo dans un environnement défavorable, où les adultes qui l’entourent ne semblent pas prendre conscience de sa passion.

Avec le nouveau venu Martín López Lacci, accompagné de Mónica Lairana, Diego Cremonesi et du Chilien Alfredo Castro, Felix déclare : « Le film est le cri désespéré et sans espoir d’un jeune homme qui ne trouve pas de réponses ».

 

Tourné à la frontière entre l’Argentine et la Bolivie, Karnawal est un thriller tendu, centré sur “Cabra” (López Lacci), un garçon tranquille à l’air maussade, qui répète son numéro de danse dans la perspective d’une compétition de malambo, tandis que sa mère (Lairana) doit prendre la décision de vivre avec son nouveau compagnon (Cremonesi) alors que son père est libéré de prison (Castro).

 

Le monde des adultes semble devenir d’une complexité incompréhensible pour l’adolescent, l’histoire dépeint la passion et en même temps la solitude du protagoniste, « Je voulais parler de l’adolescence, quand on découvre le monde que l’on va rejoindre, et de l’art comme salut ».

 

Quelles ont été vos raisons, dans votre premier film, de nous raconter une histoire qui a pour protagoniste la vocation d’un jeune homme dans un contexte néfaste ?

 

C’est la première chose que j’ai écrite et réalisée, je me suis beaucoup concentré pour raconter une histoire qui a à voir avec mon adolescence, avec ce moment de la vie où l’on a peut-être plus de questions que de réponses. Le film raconte l’histoire d’un jeune homme qui rêve de devenir champion du festival national de malambo à Laborde, dans la province de Cordoue. J’ai également fait de la danse quand j’étais adolescent et, au fil des ans, je me suis rendu compte que la danse était un refuge pour moi, un lieu de grand soutien. Avec Karnawal, je veux parler de l’adolescence, quand on découvre le monde dans lequel on va s’insérer, et de l’art comme salut. Avoir une vocation, un désir, une passion profonde est très important pour tout jeune et traverse tout contexte socio-économique.

 

La passion du jeune est-elle la seule certitude face au monde bancal des adultes ?

 

Je pense que oui, la passion du protagoniste pour la danse est sa seule certitude, je pense que le film a une vision et une position très critique envers le monde adulte. Il y a un pirate de l’asphalte qui est amoureux de l’aventure, le nouveau compagnon de la mère de l’adolescent est un gendarme qui représente l’ordre et l’autoritarisme et la mère elle-même, qui fait ce qu’elle peut, est présente mais aussi très confuse et embrouillée dans cet univers. Le film est un cri désespéré et sans espoir de ce jeune homme qui ne trouve pas beaucoup de réponses.

 

Comment était-ce de travailler avec Alfredo Castro, qui a une longue carrière, ainsi qu’avec Mónica Lairana et le nouveau venu Martín López Lacci ?

 

Nous avions besoin d’un jeune homme qui pouvait très bien danser et être émouvant, mais nous avons réalisé qu’il ne pouvait pas être un acteur, il devait être un vrai danseur de malambo. Nous avons fait passer des castings à plus de 400 jeunes dans différents festivals jusqu’à ce que nous trouvions Martín López Lacci au festival de Laborde. Il a fallu un an et demi d’entraînement intensif pour faire de Martín un acteur. Entre-temps, nous avons appelé Mónica Lairana, Diego Cremonesi et Alfredo Castro, qui ont une carrière internationale très prestigieuse, c’était très important pour le film. Alfredo aime beaucoup travailler avec de nouveaux réalisateurs, il a été très généreux en acceptant de participer au film et il a été généreux avec Martín, baissant son ton vers un naturalisme pour qu’il n’y ait pas de décalage avec Martín. Il s’agissait d’une combinaison d’acteurs et de non-acteurs qui devaient générer un univers où chacun faisait partie d’un arc dramatique.

 

Il y a peu de productions qui se déroulent dans le nord de l’Argentine, pensez-vous que cela soit un plus pour l’histoire, car elle aurait pu se dérouler ailleurs ?

 

Le film se déroule entre le ravin de Humahuaca à San Salvador de Jujuy et Villazón, à la frontière avec la Bolivie. C’est un road movie, qui fusionne différents genres et qui a parfaitement fonctionné dans le nord de l’Argentine. Il n’en aurait pas été de même ailleurs, et je pense que dans la post-modernité écrasante d’aujourd’hui, le Nord (d’Argentine) résiste et a une identité propre.

 

Comme vous l’avez dit, vous proposez un “road movie” avec des éléments de thriller qui sont liés au contexte dans lequel vivent les protagonistes. Quelles sont vos références dans le cinéma ?

 

J’aime beaucoup les films de genre, mais en même temps j’aime beaucoup les films d’auteur, les films intimes où la caméra raconte des petits moments de la vie d’une personne, où l’on se retrouve à scruter les conflits internes des personnages. Le film a un peu de tout cela, il a des moments explosifs, de la comédie, du thriller, de la comédie musicale et du drame, mais la caméra est toujours très bien placée sur ce qui arrive à cet adolescent. Lorsque j’ai commencé le projet, des souvenirs de road movies me sont venus à l’esprit, avec un drame social très présent. Je pense que La jaula de oro de Diego Quemada-Díez ou Tu mamá también d’Alfonso Cuarón sont des films de référence pour Karnawal.

 

Par Hugo F. Sánchez / Subjetiva / Traduit par le festival Peliculatina