Casa de Antiguedades

Jeu 18 Nov 2021 21:10

Cinéma Vendôme. Chaussée de Wavre 19, 1050 Bruxelles 

Synopsis

Le premier long métrage de João Paulo Miranda Maria entremêle présent et passé, réalisme et fantastique, pour une envoûtante immersion symbolique et politique dans l’inconscient collectif brésilien.
Au micro d’une vente aux enchères de bétail dans l’État de Goiás, le speaker vante « la caractérisation raciale impeccable », le « biotype très productif », le « bagage génétique » (hérité de ses parents Credit et Traveler) d’un spectaculaire taureau Jatoba vendu 16 000 euros. C’est au cœur d’un Brésil à deux vitesses économiques (et raciales) nettement séparées et deux univers psychiques se superposant que João Paulo Miranda Maria a déployé l’ambitieux et étrange Memory House [+], son premier long métrage, labellisé par la Sélection Officielle du Festival de Cannes, passé par le programme Discovery du Festival de Toronto et projeté dans la compétition New Directors du 68e Festival de San Sebastián.
Originaire du Nordeste, Cristovam (Antonio Pitanga) est employé depuis plus de 20 ans dans la société laitière Kainz (“nous sommes venus d’Europe pour apporter l’innovation, apporter une nouvelle perspective à ce pays nouveau”) qui s’est délocalisée dans le Sud et qui soutient le mouvement séparatiste (“nous ne pouvons plus continuer à être la région qui paye le plus de taxes et qui reçoit le moins en retour… Continuer à recevoir des ordres des gens paresseux du Nord… Le référendum est notre bouclier contre le sous-développement du reste du Brésil”). À son très humble niveau, Cristovam, qui vit seul avec son chien en pleine nature, à l’écart du village, encaisse en silence les sacrifices que la survie économique impose. Mais un souffle d’air nouveau perce secrètement sa carapace et le propulse entre deux mondes, dans une zone fantasmagorique où s’incarnent les animaux sauvages, où les objets et les esprits anciens prennent possession de son âme, où les sagaies s’opposent aux fusils…
Visions hallucinatoires, changements de perspective, feulements de fauve, masque d’Halloween et vrai cadavre : à partir d’une maison abandonnée, João Paulo Miranda Maria (qui a aussi écrit le scénario) fait se télescoper plusieurs dimensions et ouvre en grand la fenêtre du présent aux esprits ancestraux de son pays. S’engouffrent des jaguars, des taureaux aux yeux de feu, des forêts brumeuses, tout un univers parallèle gagnant le microcosme de l’usine, du bar du quartier, des gamins violents, du racisme ambiant, de la misère sociale… Une sorte d’hymne et d’appel aux racines du peuple brésilien, aux rituels purificatoires et sacrificiels occultes du candomblé, que le cinéaste enchevêtre avec un sens très développé de l’étrangeté qui réussit à maintenir un degré de curiosité élevé tout en laissant au spectateur les clés multiples de l’interprétation, au-delà d’un message parfaitement clair : « il est temps… il a prié et prié encore pour que le monde change ».
(www.cineuropa.org)

Biographie du réalisateur

João Paulo Miranda est né en 1982 dans l’arrière-pays de São Paulo. En 2004, il est diplômé de l’Estacio de Sá College (Rio de Janeiro) en cinéma, puis d’un Master en Multimédias de l’Université de Campinas. Professeur à l’Université Méthodiste de Piracicaba (SP), il est aussi membre de l’Association Brésilienne de Cinématographie et fondateur et coordinateur du groupe de recherche et pratique cinématographique Kino-olho. Sélectionné à la Semaine de la Critique en 2015, son court métrage Command Action réussit à capter les rythmes de la ville brésilienne à travers un marché de rue.

 

Fiche technique

Titre original : Casa de Antiguedades

Année : 2020

Durée : 93 min.

Langue : V.O. Br-Germ, ST Fr

Pays : Brésil

Genre : Drame

Réalisation : João Paulo Miranda Maria

Prix:

2021 : CINELATINO PRIX FIPRESCI – PRIX DE LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DE LA PRESSE CINÉMATOGRAPHIQUE

2020 : Sélection Officielles CANNES

Section : Opera Prima

Casa de antiguidades, Le seul film latino-américain de la Compétition du Festival de Cannes 2020

Un ouvrier exilé travaille dans une usine laitière high-tech implantée dans une colonie autrichienne prospère du Brésil. Découvrant dans une maison abandonnée des objets lui rappelant ses origines, il va peu à peu se transformer en animal féroce.

Hommage aux racines du peuple brésilien, aux rituels purificatoires et sacrificiels occultes, Casa de antiguidades envoûte et donne de multiples clés d’interprétation pour appréhender un Brésil multiethnique à plusieurs vitesses.

 

PASSÉ COMPOSÉ

 

Casa de Antiguidades (Memory House) est le premier long métrage du cinéaste brésilien João Paulo Miranda Maria, après une poignée de courts passés par Cannes, Venise ou New York. Tout frais (le film vient de faire sa première mondiale à Toronto), le film fait également écho au passé du cinéma brésilien en la personne d’Antônio Pitanga, figure du Cinema Novo dans les années 60. Celui-ci joue ici un protagoniste abattu, dont la silhouette semble porter la trace d’années de discriminations. Des années après avoir quitté son nord-est natal, Cristovam est désormais le seul Noir dans une communauté blanche hostile où chacun le traite comme un moins-que-rien, à commencer par son patron, qui le vire dès le début du film.

Encore plus isolé, il doit alors trouver refuge en pleine foret bucolique, dans une cabane apparue comme magie. Loin des humains, le soi-disant sous-homme s’enfonce dans le royaume animal.

Allégorie, surnaturel… Il y a en effet beaucoup de choses qui arrivent sans explications dans Casa de Antiguidades, quitte à ce que ce soit parfois arbitraire. Au moment de faire naitre le trouble, João Paulo Miranda Maria emploie des moyens un peu rigides et trop convenus. Il y a ce bourdonnement sourd en nappe de fond, qui est devenu un cliché de cinéma depuis plusieurs années. Il y a ces lents travelling à travers des décors immobiles et géométriques, un mouvement répété à outrance, jusqu’à ne plus ressembler qu’à un gimmick. S’il est régulièrement frustrant à force de faire le malin, Casa de Antiguidades offre néanmoins de très beaux plans, grâce à la photographie de Benjamín Echazarreta (chep opérateur de Sebastián Lelio).

 

Si le film a du relief, c’est aussi grâce à ses nombreux niveaux de lecture. Casa de Antiguidades a un pied dans le folklore et l’autre dans la science-fiction, un pied dans dans l’Histoire coloniale du Brésil et l’autre dans les tensions raciales contemporaines, un pied dans le cinéma d’antan et l’autre celui d’aujourd’hui. Quelle est riche à souhait, la métaphore de cette cabane où ressurgit le passé, sans qu’on ne sache très bien s’il s’agit d’une malédiction ou d’un signe d’espoir. Elle est le symbole d’une mémoire nationale dont on ne sait pas toujours quoi faire, et qui peut rendre fou.

 

Le polyester