Así habló el cambista

Mer 17 Nov 2021 19:00

Cinéma Vendôme. Chaussée de Wavre 19, 1050 Bruxelles 

Synopsis

L’Uruguayen Federico Veiroj signe une comédie sombre qui évoque le passé historique et financier de l’Amérique latine à travers un personnage d’expert en change cupide.
Le film relate les magouilles et la triste vie intime d’un banquier-changeur sans scrupules, aux fins de scruter le passé historique et financier de trois pays latino-américains des années 70 : l’Uruguay, le Brésil et l’Argentine.
L’Uruguayen Federico Veiroj a dévoilé dans la section compétitive Platform de la 44e édition du Festival de Toronto son cinquième long-métrage, intitulé Así habló el cambista [+]. Cette inquiétante comédie sombre à l’humour absurde, qui concourra prochainement dans la section Horizontes Latinos du 67e Festival de San Sebastian, est une libre adaptation du roman publié par Juan Enrique Gruber en 1979. La version originale comme la version cinématographique relatent les magouilles et la triste vie intime d’un banquier-changeur sans scrupules, aux fins de scruter le passé historique et financier de trois pays latino-américains : l’Uruguay, le Brésil et l’Argentine.
Así habló el cambista a pour héros Humberto Brause (Daniel Hendler), sorte d’alter ego uruguayen de Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street. En effet, Brause est un mauvais père et un terrible mari, mais c’est aussi un génie de la finance qui est arrivé au sommet en profitant des opportunités, des crises économiques et des dictatures des pays voisins. De même que le film de Martin Scorsese, Así habló el cambista est porté par une narration à la première personne, où Brause lui-même explique comment il en est arrivé à former son petit empire dans le commerce du change de monnaies.
Le présent de la narration se situe à Montevideo en 1975. Cependant, la voix off de Brause remonte jusqu’à l’année 1956 pour entamer son récit en décrivant le genèse de son ambition capitaliste. Au milieu des années 1950, Brause travaille dans la maison de change de Monsieur Schwensteiger (Luis Machín), le changeur le plus respecté de Montevideo. Son patron va lui enseigner tous ses secrets pour comprendre le métier et triompher dans ce domaine, jusqu’à ce que finalement, l’élève finisse par dépasser le maître. Brause, malin, n’a pas seulement fondé sa propre entreprise : il s’est aussi marié avec la fille de Schwensteiger, la jeune Gudrun (Dolores Fonzi), pour rester attaché au changeur expert.
Retour à Montevideo en 1975 : Brause est désormais l’homme le plus prisé par les riches latino-américains qui désirent accéder au paradis fiscal uruguayen. Ce financier sans sens éthique fait affaire avec tout homme ou femme qui se présente dans son bureau, qu’il s’agisse de militaires et politiciens uruguayens ou de mafieux brésiliens ou de guerrilleros argentins. « Así habló el cambista » est une satire socio-politique sur un homme qui a troqué les petits plaisirs de la vie contre le culte de l’argent, en promouvant l’enrichissement des élites latino-américaines de l’époque au nom du capitalisme. (www.cineuropa.org)

Biographie du réalisateur

Federico Veiroj (Montevideo, 1976) est un réalisateur, scénariste et producteur de films, connu pour avoir réalisé les longs métrages Acné – son premier long métrage au cinéma, nominé pour le meilleur film ibéro-américain à la 23e édition des Goya Awards – et La vida dure. Il est diplômé en communication de l’Universidad Católica del Uruguay.
En 2010, il a reçu le prix de la Fraternité, décerné par le B’nai B’rith Uruguay.

Fiche technique

Titre original : Así habló el cambista

Année : 2019

Durée : 93 min.

Langue: V.O. Esp, ST Ang

Pays : Uruguay

Genre : Drame. Comédie | Les années 70. La dictature uruguayenne

Réalisation : Federico Veiroj

Prix: Festival du film de La Havane 2019 : Sélection officielle des longs métrages en compétition

Sur Awards 2019 : Meilleur scénario adapté.

Section : Divina Comedia

Critique : Así habló el cambista

L’Uruguayen Federico Veiroj a dévoilé une inquiétante comédie sombre à l’humour absurde, c’est une libre adaptation du roman publié par Juan Enrique Gruber en 1979. La version originale comme la version cinématographique relatent les magouilles et la triste vie intime d’un banquier-changeur sans scrupules, aux fins de scruter le passé historique et financier de trois pays latino-américains : l’Uruguay, le Brésil et l’Argentine.

 

Así habló el cambista a pour héros Humberto Brause (Daniel Hendler), sorte d’alter ego uruguayen de Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street. En effet, Brause est un mauvais père et un terrible mari, mais c’est aussi un génie de la finance qui est arrivé au sommet en profitant des opportunités, des crises économiques et des dictatures des pays voisins. De même que le film de Martin Scorsese, Así habló el cambista est porté par une narration à la première personne, où Brause lui-même explique comment il en est arrivé à former son petit empire dans le commerce du change de monnaies.

 

Le présent de la narration se situe à Montevideo en 1975. Cependant, la voix off de Brause remonte jusqu’à l’année 1956 pour entamer son récit en décrivant le genèse de son ambition capitaliste. Au milieu des années 1950, Brause travaille dans la maison de change de Monsieur Schwensteiger (Luis Machín), le changeur le plus respecté de Montevideo. Son patron va lui enseigner tous ses secrets pour comprendre le métier et triompher dans ce domaine, jusqu’à ce que finalement, l’élève finisse par dépasser le maître. Brause, malin, n’a pas seulement fondé sa propre entreprise : il s’est aussi marié avec la fille de Schwensteiger, la jeune Gudrun (Dolores Fonzi), pour rester attaché au changeur expert.

 

Retour à Montevideo en 1975 : Brause est désormais l’homme le plus prisé par les riches latino-américains qui désirent accéder au paradis fiscal uruguayen. Ce financier sans sens éthique fait affaire avec tout homme ou femme qui se présente dans son bureau, qu’il s’agisse de militaires et politiciens uruguayens ou de mafieux brésiliens ou de guerrilleros argentins. Así habló el cambista est une satire socio-politique sur un homme qui a troqué les petits plaisirs de la vie contre le culte de l’argent, en promouvant l’enrichissement des élites latino-américaines de l’époque au nom du capitalisme.

 

Así habló el cambista a été produit par la société uruguayenne Cimarrón Cine, l’enseigne argentine Rizoma Films et la maison allemande Pandora Filmproduktion. Les ventes internationales du film sont gérées par la société espagnole Film Factory Entertainment.

 

Par Carlota Moseguí (Traduit de l’espagnol)

 

Entretien avec Federico Veiroj, réalisateur de “Así habló el cambista”

Federico Veiroj est l’un des réalisateurs uruguayens les plus en vue. Avec Así habló el cambista, son cinquième long métrage, il s’est attaqué à un projet plus grand et plus ambitieux que d’habitude, mais qui correspond à ses préoccupations. Voici ce que Federico nous a dit à ce sujet.

 

Le film est basé sur le roman de Juan Gruber, comment avez-vous découvert le livre et comment est venue l’idée de l’adapter au cinéma ?

 

Tout s’est passé dans les mêmes cinq minutes (rires). En 2012, je faisais un casting dans une petite ville d’Uruguay appelée Castillos. Il y avait un centre culturel où je devais caster des adolescents, et dans une petite pièce, j’ai commencé à regarder autour de moi pour voir ce que je pouvais trouver. Sur une étagère, j’ai trouvé le roman Así habló el cambista. J’ai été immédiatement attiré par le nom, à cause de la référence à Zarathoustra. Je l’ai pris, j’ai commencé à lire le prologue (la scène biblique que nous avons intégrée au film) et j’ai décidé de faire un film. C’était quelque chose d’immédiat, même si le personnage du début n’était pas aussi défini : il n’avait pas de nom et était très descriptif. Mais il y avait quelque chose dans le sentiment, dans ses couches, dans ce dont il parlait, dans son humour. Le roman comporte un aspect que nous essayons de ne pas travailler, à savoir le cynisme. Étant donné qu’il s’agit d’un personnage à la morale répréhensible, le cynisme allait aliéner les téléspectateurs. La meilleure chose à faire était de retirer ça du film. Il fallait qu’il y ait de l’humour, qu’il y ait des choses sur le fil. Il y a donc des choses que nous avons transformées à partir du roman. Je parle au pluriel car j’ai travaillé sur le scénario avec Arauco Hernández (le directeur de la photographie et mon premier allié dans ce film) et avec Martín Mauregui.

 

Comment avez-vous organisé votre co-écriture ?

 

Cela a duré plusieurs années, entrecoupées de projets pour toutes les personnes concernées. Nous avons divisé la tâche. Nous avons beaucoup parlé de ce que nous voulions. À certains moments, Arauco écrivait davantage et je m’occupais des choses que je voulais sauver. C’est ainsi que nous avons défini le scénario. Ça a duré quelques années. Nous avons commencé en 2012, mais la force de l’histoire, l’envie de le faire, ont survécu. Pour moi, c’était le plus grand défi : maintenir l’illusion de faire le film pendant tout ce temps.

 

Après avoir travaillé sur des films de moindre envergure, vous passez maintenant à une production plus importante, avec des reconstitutions d’époque et des acteurs de renom. Qu’est-ce que cela vous a fait de vous attaquer à un film de cette ampleur ?

 

C’était divin. C’était spectaculaire, c’était quelque chose de nouveau de recréer différentes époques et de travailler avec un acteur professionnel, alors qu’avant je travaillais avec des acteurs naturels ou occasionnels. Je pense que ce que j’applique de mon côté revient à construire un monde imaginaire à l’écran. Dans la même veine, dans les films précédents, vous deviez construire un autre monde avec des éléments réels et d’autres non. Dans ce cas, le cadre à construire est lié à une époque. Je l’ai fait à mon goût et nous avons travaillé dessus avec le directeur de la photographie, le directeur artistique, la conception de la production… Il y a aussi eu des effets spéciaux pour rendre certaines choses et en effacer d’autres qui ne sont pas d’époque. Nous avons également utilisé les voitures, les vêtements et les coiffures à notre avantage. Pour moi, il était fondamental de ne pas faire une période cloisonnée, que dans chaque plan on ne voit pas des choses d’une certaine période. Nous avons recréé un environnement financier, il n’était donc pas nécessaire de mettre l’accent sur chaque époque. De même avec les voitures, avec les couleurs des vêtements. C’est pourquoi nous avons utilisé les affiches : pour nous dire à quelle époque nous nous trouvions et l’oublier, sans avoir besoin de le souligner, afin de pouvoir nous concentrer sur les personnages et l’action.

 

Vous et Daniel Hendler vous connaissiez déjà, et aviez même travaillé ensemble, mais vous ne l’aviez jamais dirigé. Comment était-ce de lui donner des ordres ?

 

C’était génial. C’est un peu comme donner des ordres. J’aurais aimé dire que tout était plus naturel (rires), mais c’est vrai qu’on donne des ordres parce que j’obéis aux besoins que j’ai. La réalisation, c’est un peu ça : traduire les besoins a toute une équipe, dont Daniel. Sa prothèse dentaire et sa composition du personnage répondent également à cela, à mon besoin d’imaginer un personnage. Je n’avais pas de référence, mais j’imaginais un type avec un visage rectangulaire, peut-être avec un nez différent, mais comme c’était difficile à changer, j’ai opté pour les dents. J’ai aimé que ses dents soient un peu séparées, mais sans attirer l’attention sur elles. Ça lui a donné un côté plus humain. Les ordres ou mandats ont permis de composer le personnage. Daniel est mon ami depuis trente ans et ce fut un privilège de le diriger. C’est un acteur très talentueux. Il travaillait plus dur que le reste de l’équipe parce qu’il devait aller au maquillage avant tout le monde, pas pour les dents mais pour le visage, les cheveux, etc. Mais c’était génial. La confiance avec un ami dans ce projet a été très positive car nous nous sommes permis de chercher le personnage jusqu’au dernier moment, y compris l’enregistrement de la voix off, qui a eu lieu un an après le tournage. Après six ou sept étapes d’enregistrement de l’ensemble du film, nous avons trouvé la voix du personnage lors de la dernière prise du dernier tournage. Il a lu tout le film avec cette voix. Travailler avec un ami dans un rôle principal était une merveille.

 

Est-il possible de parler des projets à venir ?

 

Oui, je travaille sur des choses, mais je ne suis pas sûr de quand ni de comment je vais les faire. J’ai aussi été rattrapé par le fait que l’année dernière, j’ai eu un nouveau film, Belmonte, donc l’année a été très chargée. Maintenant, je travaille sur de belles choses, mais je ne suis pas pressé, je ne l’ai jamais été. J’ai toujours eu l’intuition de me laisser aller au gré de chaque projet, et dans ce cas-ci, ce sera un peu comme ça. S’il doit en être ainsi, il en sera ainsi. Je laisse la vie décider.

 

Matías Orta, 2019 | @matiasorta / asalallena / Traduit par le festival Peliculatina